“Tout ce qui vient du Togo n’est pas digne d’intérêt”

Posted on 15 mai 2018 by Ekoima Tokè-N'sa Pierrette

Tout ce qui vient du Togo, tout produit (industriel, culturel, technologique, littéraire…) togolais est nul, inintéressant, pas digne d’intérêt. J’ai comme l’impression que, c’est ce nous pensons tous, de plus en plus. Oui tous, je ne vais pas me dédouaner.

Avant d’aller plus loin, toutes mes excuses pour un titre aussi racoleur.

Il le fallait.

Le croustillant, le sensationnel attire, dit-on.

 Je précise également que cet article est prioritairement destiné aux togolais. Et plus important encore, POUR QUE CE SOIT CLAIR pour tout le monde, JE NE SUIS PAS XÉNOPHOBE. CECI N’EST PAS CONTRE LA PROMOTION DES ŒUVRES ÉTRANGÈRES. JE SUIS POUR L’INTÉGRATION. J’avais deux ou trois choses à dire à mes amis; mais dans l’impossibilité de tous les contacter, je le fais ici.

Titre juste l’article : Pourquoi il nous est tellement difficile de valoriser ce qui vient de chez nous ?

Cet article a traîné longtemps dans mes brouillons, un seul tweet m’a donné la force de le finir.

C’est mon tweet qui a eu le plus d’engagement, je crois. Malheureusement.

Malheureusement, parce que j’aurais adoré que ce soit les articles dans lesquels j’ai parlé des personnes à encourager qui aient été partagés à volonté. Pas ce tweet qui jette en quelque sorte l’opprobre sur la communauté #TT228. Je m’en excuse d’ailleurs. Ou pas.

Mais nous vivons dans une société dans laquelle les gens préfèrent répandre ce qui est sujet à polémique au détriment des choses positives malheureusement….

Sometimes I don’t get it….

Par ailleurs, je crois que un tweet pareil était nécessaire et que nous étions nombreux à le ressentir et à l’avoir en brouillon.

Triste n’est-ce pas ?

Parce que faire partie “d’une communauté” et se sentir exclu, non désiré, rejeté parce que vous ne remplissez pas “certaines conditions”, ça pique.

Sur Facebook, les seules publications dignes de partages, de commentaires et d’intérêt sont celles qui traitent de clashs, de vidéos drôles (moi-même j’en raffole), de clashs encore, et surtout des publications de pages et comptes étrangers.

POUR QUE CE SOIT CLAIR, encore une fois, JE NE SUIS PAS XENOPHOBE. JE SUIS POUR L’INTEGRATION-. Ouvrons nos esprits. Ravalez la polémique que je sens venir. Recentrons le débat.

Au début de cette aventure de blogging, et avant même que je ne commence, je partageais presque tous les articles, toute création, entreprise, proposition, de toute nationalité (il faut que ce soit vraiment clair), qui passaient dans mon fil d’actualité sur les réseaux sociaux.

Tous. Même si cela n’avait aucun intérêt particulier pour moi.

Je pars toujours du principe que, si cela ne m’intéresse pas, quelqu’un dans ma Timeline, une seule personne, saura en profiter. C’est ma philosophie.

Puis au fil du temps, je me suis rendu compte que les personnes dont je partageais les œuvres, pas qu’eux, ne le faisaient pas pour moi. Du coup moi aussi j’ai arrêté.

Pas pour longtemps. Pas totalement.

Très tôt, je me suis détestée de laisser les autres dépeindre sur moi de façon aussi négative. Je vaux plus que ça.

Je pourrais compter sur une main, les personnes que je connais dans le blogging, qui partagent mes articles. Il est à noter que ce serait injuste que je parle d’eux, si même des amis proches avec qui je fais les 400 coups ne le font jamais.

Et dire que ces mêmes personnes, blogeurs ou pas, sont capables de lécher les bottes d’autres personnes, pour la plupart étrangères, sous ton nez.

Je le répète POUR QUE CE SOIT CLAIR,  JE NE SUIS PAS XENOPHOBE. C’est très important de l’assimiler.

Peut-être que j’écris mal, que je n’utilise pas des mots qui obligent à chercher un dictionnaire, que je n’ai pas une plume des plus captivantes, que j’écris avec des fautes  jécrit  avek dè fotes (j’ai pas pu résister), que la police du blog est illisible.

Bref, le blog est peut-être  inintéressant. Soit.

Mais c’est justement quand c’est mauvais, qu’il faut en parler.

L’indifférence est pire qu’une mauvaise et négative critique. C’est mon avis.

Il y a cette phrase que j’entends aussi très souvent «  Personne ne doit rien à personne. »

J’estime que nous devons tous quelque chose à chacun d’entre nous, à chaque togolais.

Ceux qui sont morts, ceux qui vivent.

Entre autres exemples, chaque fois que nous roulons sur une voie goudronnée, que nous allons dans un hôpital public (bon exemple, mauvais timing. Désolée), chaque fois que nous utilisons un service social public, nous devons un truc à chaque togolais.

Nous avons une dette envers chaque togolais. L’ensemble de nos impôts et taxes ont contribué à construire tout ce dont nous nous servons. En retour, il coûte quoi d’apprécier À SA JUSTE VALEUR, et comme vous le ressentez, une œuvre, un geste d’un compatriote?

On dirait parfois qu’on demande aux gens d’aller chez un arracheur de dents.

Si ceux d’en haut nous méprisent, que nous le peuple, au bas de l’échelle, nous ne nous serrons pas les coudes, on ne va pas s’en sortir.

Pour être franche, personnellement ça ne me dérange pas. Je ne suis pas de ceux qui quémandent ou demandent l’approbation des autres.

Si c’était le cas, je ne dépenserais pas autant de temps et d’énergie dans le blogging..

J’aurais laissé tomber.

POURQUOI J’EN PARLE ALORS ?

  • PARCE QU’IL FAUT QUE ÇA CHANGE

Ma grand-mère m’a dit une fois – j’avais eu un abcès sur la fesse, (je sais ce n’est pas sexy)– : crève l’abcès, ensuite tu pourras faire le pansement, et mieux te sentir.

En écrivant cet article, je sais très bien qu’il ne plaira pas à tout le monde. Et c’est tant mieux.

Le monde serait ennuyeux si nous avions tous les même goûts, les mêmes opinions, la même vision des choses.

Le blogging est un univers génial. On lit, on rit, on s’amuse, on pleure, on se retrouve dans les écrits, on tisse des liens incroyables avec des inconnus, on partage les opinions, on dénonce, on apprend, on informe, on inspire. Et le togolais a besoin de ça, plus que besoin de ça, en ce moment.

56 785 km² , un si petit espace. Et nous sommes incapables de nous porter mutuellement. De valoriser, aider, conseiller, les uns et les autres. Et plus que tout. PARTAGER.

Le pouvoir d’un partage, d’une bouche à oreille, d’un commentaire, d’un avis (positif comme négatif), d’un compliment, est inestimable.

Je mets un accent sur le blogging parce que, non seulement je suis dans le domaine, mais parce que c’est encore un domaine qui a besoin d’éclore, de s’améliorer.

  • PARCE QUE ÇA S’ETEND À D’AUTRES DOMAINES MALHEUREUSEMENT

Une fois, deux fois, trois fois, j’ai vu des publications sur la page Facebook ivoirienne à succès, FIRST MAGAZINE. Des publications des artistes togolais en promotion. J’étais choquée, déçue, triste.

Je vais me répéter encore une fois, JE SUIS POUR L’INTÉGRATION.

Quel échec ! Quelle honte ! Quelle désolation !

Quand même.

Saisissez-vous la portée, la signification, d’une telle démarche ? Vous vous rendez compte du niveau de désespoir d’un artiste au point d’aller faire sa promotion, la payer sur une page étrangère ?

En même temps, je peux comprendre. First Magazine, c’est plus de 1 million d’abonnés, une centaine de commentaires et une vingtaine de partages en une minute. Qui a fait la popularité, le succès de cette page ? C’est d’abord et avant tout, les ivoiriens eux même.

Side Note : vous voulez un antistress, des fous rires, abonnez-vous à cette page. Lisez les commentaires sous les publications. Vous allez pleurer de rire. Des perles.

Les Stars du Togo, une heure après la publication, 10 likes, 0 partages et pratiquement pas de commentaires: zéro engagement. Je parie que si je vérifie les statistiques, des milliers de togolais abonnés à cette page ont vu la publication sans réagir. Mais vous trouverez sûrement des commentaires enflammés de ces mêmes personnes sur First Magazine.

C’est incompréhensible. Cette page aussi doit revoir sa politique hein…

Nollywood, la Naija Music ont pris d’assaut ce continent parce que les nigérians eux même ont donné de la valeur, de la force à leurs compatriotes. Ils ont porté leurs artistes, leurs comédiens. Ils ont construit un écosystème culturel, presque indépendant.

Nous sommes des milliers de togolais à regarder NOLLYWOOD, à rire des scénarios loufoques, avec des effets spéciaux vraiment SPÉCIAUX. Combien d’entre nous achètent des tickets de 1500FCFA, pour les avant-premières des films togolais ?

D’ailleurs un nouveau film sort bientôt. Si cela vous intéresse. Cliquez là.

Prenez n’importe quel pays qui connait un succès de ses artistes, acteurs, et autres ; Qu’ont-ils en commun ?

Les chemins tracés par leur gouvernement peut-être ?

Ils ont une chose de commun, la consommation intérieure. Ces gens comprennent que l’affirmation, l’éclosion socio-culturelle doit passer par la promotion des œuvres nationales.

Vous me direz qu’ils ont peut-être hérité de je-ne-sais-qui, d’un respect pour leur culture et leur pays.

Il est donc tout à fait normal qu’ils aient cette bonne habitude de projeter leur culture à l’extérieur.

Contrairement à nous, héritage ou pas, on nous a appris, nous avons pris l’habitude de dénigrer, de détruire, de rejeter, presque de façon naturelle, notre culture, toute œuvre portant la marque Togo.

Pire, c’est une culture de l’indifférence qui s’étend.

Il est temps que cela change, que nous comprenions la gravité du problème. Nous avons le devoir et aujourd’hui les moyens d’éveiller la conscience de chacun sur la crise d’identité culturelle, patriotique qui mine notre génération depuis trop longtemps. Un coup d’œil jeté au Nord, pas au Sud (c’est l’Océan là bas), à l’Est et à l’Ouest du pays, montre les voies et moyens dont nos frères d’ailleurs usent, sur tous les plans.

Il faut nous concentrer sur la promotion de nos œuvres. Ce pays a  plus que besoin de chaque citoyen.

Et tant pis si je passe pour une donneuse de leçons, ou comme on dit, une Patriote 2.0. Il est de mon devoir de dire, de le faire savoir.

J’AURAIS DÛ FAIRE UNE VIDÉO. IL DEVIENT LONG L’ARTICLE.

Il n’existe peut-être pas au Togo, d’initiatives ou de projets gouvernementaux valables, pour efficacement préserver, valoriser et promouvoir la culture. Soit.

La connexion internet n’est pas au niveau. Que ça me serre si je dis le contraire.

Mais nos éléments identitaires comme les arts, la littérature, la musique, la danse, la gastronomie etc…doivent être valorisés. TOUS. Par quelque minime moyen que ce soit.

Je ne vois pas comment on peut prétendre vouloir revitaliser et valoriser son pays et être quelque peu indifférent par ce qui s’y passe. Je comprends que pour des raisons pratiques de communication, de réseau business, de cercle social, on est obligé d’avoir recours à des muselières souvent, obligé de jouer aux aveugles quelque fois, mais quand même quoi.

Partager ne remplit pas seulement une fonction de ” partager”.

Partager, c’est faire découvrir, c’est propulser ; en parler, faire une critique, sont AUSSI des outils d’identification, de représentation de soi par rapport à son pays, ses compatriotes, des outils d’affirmation de son identité culturelle.

J’ai vu les gens se transformer en critiques acharnés et sérieux du Marvel Black Panther ici. Nous tous on l’a fait hein. Certains étaient juste trop sérieux

Je ne sais pas s’ils étaient au courant. Mais le Réalisateur et les producteurs ne verront jamais leur avis et ils s’en cognent. Pourquoi ?

Parce que leur voix ne portent pas jusque-là. Personne ne sait qui ils sont. Personne ne nous connaît.

Mais votre voix, notre voix peut résonner entre nos murs nationaux. Parlons, discutons, débattons, faisons des critiques qui peuvent être entendus d’abord par les concernés et donc pris en compte. Critiquons les œuvres de notre pays, donnons nos appréciations positives comme négatives mais constructives….

En parler, c’est aussi donner de la valeur, de la portée. Ici l’indifférence est le mot d’ordre, il me semble. Cette indifférence qui nous tue, nous dévalorise, nous empoisonne la vie et les carrières, détruit nos rêves et aspirations, nous maintient tous ensemble dans l’ignorance et qui nous rend invisibles aux yeux du reste du monde.

À m’entendre nous demander de nous impliquer plus, vous devez sûrement être en train de vous dire qu’il revient aussi à chacun de faire des efforts, de produire de la qualité, d’apprendre à se vendre, se perfectionner, se professionnaliser.

C’est totalement correct. Il le faut.

Et c’est un travail à faire chacun à son niveau, mais en même temps tous ensemble.

Nous n’en sortirons que grandis et meilleurs.

Quel est notre rôle quand les chefs en haut là-bas sont aliénés, quand ils ont démissionné (pas en vrai hein. C’est une métaphore), quand ils sont à l’Ouest (au sens propre comme au figuré) ?

Quel est notre rôle ? Quel est ton rôle ?

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